Les Origines du  nom de Venables

La relation de l’If avec le nom Venables:

 

Les Ifs, c’est le nom d’une partie du territoire communal qui se trouve à l’intérieur d’un périmètre naturel que constitue le ravin de Gournay et la Fausse Louvel. C’est dans ce périmètre que l’on trouve les plus anciennes implantations humaines qui se produisent entre le paléolithique moyen (-40000 ans) jusqu’à l’occupation romaine de la Gaule.

 

Durant toute cette période les premières traces d’occupations temporaires sont laissées par le passage de l’homme de Neandertal jusqu’au néolithique. A la fin du néolithique on assite à l’installation de peuplades protoceltiques qui vont délaisser le plateau pour s’installer vers une occupation des terrasses proches du fleuve qui se reforme grâce au réchauffement lors de cette période.

 

La maîtrise de la métallurgie sera à l’origine des premiers grands échanges économiques intenses et complexes basés sur une production et une distribution couvrant de vastes territoires. Ces échanges vont favorisés les premières grandes migrations de populations venues d’Europe centrale au VIII et VII siècle avant notre ère. Ces populations dites celtiques (keltoi) pour les auteurs grecs et « Galli » par les auteurs latins.

 

Au IVème et IIIème siècle avant notre ère c’est une deuxième migration de tribus de la période de la Tène qui vont  concrétiser une sédentarisation partielle de population à la fois en vallée de Seine et principalement sur le belvédère. Ces migrations celtiques sont basée sur une aristocratie princière et guerrière sans unité politique.

 

L’if joue un rôle important dans la cosmologie et dans la religion celto-gauloise. la symbolique du cheval, du sanglier et de l’if sont largement représentée sur les potins [1] que l’on trouve sur le territoire communal.

 

[1] Les potins Gaulois sont des monnaies de bronze coulées et non frappées.

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L’influence Celto/Gauloise du nom de Venables

 

Au IIème siècle av JC, le peuple des Aulerci-Eburovices[1] « ceux qui vainquent par l'if [2]» issue du peuple germanique des Aulerques va s’implanter principalement sur l’ensemble du territoire de l’actuel département de l’Eure. Leurs lieux de villégiature sur la commune sera  principalement dans le périmètre décrit ci-dessus comme le montre des traces d’un ensemble d’occupation Celto-Gauloise sur un site d’un hameau de la commune situé sur l’axe d’une voie celtique entre deux grandes civitas qui relie Evreux et les Andelys. Depuis plusieurs décennies les études historiques et archéologiques ont connues un développement considérable et nous donnent un meilleur aperçu de la constitution des premières structures territoriales villageoises gauloises. Ces sites seront constitués de petites exploitations de paysans libres sur des petites unités appelées « Vici » ou vivent en  complète autarcie des clans familiaux avec une communication et des échanges restreints. C’est à partir de l’installation de ses clans tribaux  des Aulerci-Eburovices et avec leur culture et leurs symboles religieux vont certainement influencer la première terminologie et le futur nom de « Venables » et sa devise.

 

Etude étymologie latine :

 

Aulerci : «Ceux qui sont » Loin de leurs traces. Ce terme exprime l’idée de séparation ou d’éloignement d’un peuple qui s’implante loin de ses origines [3].

 

Eburo : Deux significations sont données pour désigner un animal « le sanglier » ou un arbre « l’if »[4]  qui sont les symboles de leur croyance envers la nature. L’if par sa longévité et sa robustesse était réservé à la réalisation d’armes ou d’outils.

 

Vice : Le terme a été rapproché du latin vincere (vincō, vīcī) vaincre, combattre [5].

 

Cette étymologie donne deux symboliques:

  • La chasse : Ceux qui vainquent le sanglier avec l’épieu taillé dans le bois d’If

  • La guerre : Ceux qui vainquent avec l’épieu taillé dans le bois d’If

 

La devise actuelle « Venabulis Vinco » « Vaincre par l’épieu ». La deuxième symbolique est la forme la plus plausible de son origine. Elle est en relation avec la désignation d’une portion du territoire communale « Les Ifs ». Un lieu où nous trouvons les plus anciennes traces d’implantations durant la période Celto-Gauloise.

 

[1] -Auguste le Prévot : Histoire du département et des communes de l’Eure tome 1

[2] -L’if était un arbre sacré pour les Aulerci-Eburovices.

[3] -Xavier Delamarre : Dictionnaire de la langue gauloise 

[4] -Auguste Le Prévost : mémoire et notice historique et archéologique du département de l’Eure

[5] -Jacques Lacroix : Les noms d’origine gauloise - la Gaules des combats.

La symbolique Celto/Gauloise de L’if

 

L’if est un arbre qui poussait du temps des celtes en forêts fournies. Ils  pensaient que l’if descendait du Dieu de la mort. Ils ont choisi l’if pour représenter cette réalité car ils avaient déjà remarqué l’extrême longévité, voire leur capacité par les rejets de leurs racines à se perpétuer éternellement.  L’if joue un rôle important dans la cosmologie et dans la religion celto-gauloise . Nos ancêtres lui témoignaient un grand respect, l’If était un arbre sacré symbole du lien entre la terre et le ciel. Il occupait une place importante dans diverses mythologies, et participait à un grand nombre de légendes et traditions populaires convaincu de l’existence d’une vie dans l’au-delà et par conséquent de l’immortalité de l’âme. Les Celtes avaient une vision très « naturelle » de la vie éternelle, inspirée par les cycles infinis qu’ils pouvaient observer autour d’eux: la renaissance de la nature au printemps, après sa mort en fin d’automne, le flux et le reflux de l’eau, le mouvement perpétuel des étoiles dans le ciel… Eternelle disparition, éternel recommencement. Contrairement à d’autres arbres sacrés, les ifs avaient une signification symbolique bien singulière et ils n’étaient pas censés personnaliser une divinité. Nos ancêtres se sont très vite aperçus que l’if possédait des qualités fort intéressantes, son bois rouge, d’une très grande qualité, avait de nombreux usages, et permettait, grâce à sa flexibilité, la fabrication d’arcs à longue portée et la fabrication des flèches qui étaient enduites de la décoction du jus des feuilles desséchées écrasées[1] Son écorce fibreuse, était aussi  utilisée pour confectionner des tissus assez grossiers.

 

 

L’origine Gallo/Romaine du nom de Venables

 

Lors de la conquête de la Gaule, les Romains n’osaient guère s’aventurer dans les sombres forêts d’ifs. Les Romains, avec leur vision d’imposer une nouvelle civilisation et religion on rasé les foret d’if  et l’ont littéralement chassé des espaces conquis car il était associé au culte de l’occupé, Les romains ont posé les premières pierres du rejet des croyances de la nature qui étaient en place dans le pays occupé. Les celto-Gaulois adoraient de nombreuses divinités qui étaient, à l'origine, des dieux de la végétation, de la guerre et en même temps des divinités tutélaires (protectrices). Pour imposer leur civilisation et montrer leur détermination sur le territoire communal les Romains implanterons une Pars Urbana d’environs cinq hectares sur les anciens sites sacrés druidiques et enterrent leurs morts dans les mêmes cimetières. Ils vont ostensiblement séparer les humains des autres espèces (ces autres espèces devenant cette “Nature”). Mais si  la langue latine va imposer une nouvelle étymologie, les symboles celto/Gaulois vont perdurer.

 

[1] -les Gaulois, puis Les Romains empoisonnaient leurs flèches avec une décoction de feuilles et de sève  de l'If. Jules César        (-100 à -44) rapporte dans Commentaires sur la Guerre des Gaules (Livre V, chapitres 24 et 26, Livre VI, chapitre 31) que        le roi des Éburons, Catuvolcos, qui occupaient une partie de la Belgique actuelle, s’empoisonna avec de l’if en 53 av. J.-C.

Les influences latines

 

La langue latine fera évoluer l’étymologie primaire du nom sous différentes formes suivantes :

 

VENABELEN par le mot VEN désigne une montagne et BELENOS Dieu de la mythologie celtique gauloise associé à la lumière et au soleil

 

VENATIO  Combat entre ou contre des animaux sauvages dans les jeux du cirque ou désigne un terrain de chasse.

 

VENERIS   Temple dédié à Vénus.

 

VENA (Vénae)  désigne une veine (filon de métal, filet d'eau).

 

VENABULUM  désigne un épieu de chasseur [1]

1er siècle avant J.C. nom employé par Cicéron

Espèce de demi-pique, dont le fer étroit fort large ; c’est pourquoi Virgile a dit : lato venabula ferro ; on s’en servait à la chasse des bêtes fauves. 

 

Au XIIIème siècle, le centre administratif et militaire du village est appelé VENABLIS  et  VENABULA.

[1] - Gaffiot, Félix (1934) Dictionnaire illustré Latin-Français, Hachette

     - Harry Thurston Peck, editor (1898) Harper's Dictionary of Classical Antiquities, New York: Harper & Brothers.

     -William Smith et al., editor (1890) A Dictionary of Greek and Roman Antiquities, London: William Wayte. G. E.                         Marindin.

 

L’IF

 

L’if  appartient à la famille botanique les taxacées. Ces espèces sont déjà présents au début de l’ère tertiaire, et des empreintes fossilisés laissent même penser qu’il existait déjà au Trias (200 millions d’années). C’est un résineux, mais il n’a pas de résine. C’est un conifère, mais sans cône. C’est un arbre au bois fortement toxique. La seul condition ce n’est de ne pas consommer ses graines (rouge) et ses feuilles (vert sombre) en décoction qui contienne la taxine[1] substance hautement toxiques pour tous provoquant des arrêts cardiaques. Vue de l’extérieur sa pousse est très lente (30 cm de hauteur et 2 mm de diamètre par an) et de manière assez chaotique. Il est facile à sculpter ce qui peut d’ailleurs aider à le reconnaître. Des spécimens sortent de la norme par leur exceptionnelle longévité. Ils peuvent atteindre plusieurs centaines d'années, une hauteur d'environ 15 à 20m et une circonférence de 5 à 10m. Vue de l’intérieur la sève de l'if passe sous l'écorce et non dans le tronc. Du fait de sa longévité et de son caractère sempervirens et une croyance ancienne associait l'if à l'immortalité. Il tiens une place spéciale dans le calendrier celto-gaulois qui lui vouait un culte particulier.

 

Quand les romains envahirent la Gaule ils détruisent en masse cet arbre voulant abattre un des  symboles de la vie religieuse en Gaule pour imposer la leur. Il a progressivement été chassé des zones agricoles et notamment des haies de bocage, pour trouver une place privilégiée dans des lieux comme les cimetières où normalement les bêtes ne venaient pas paître. L’histoire fera le reste pour arriver au nom usité de nos Jour « Venables »

 

 

[1] - La taxine reste active après cuisson, séchage ou conservation de la plante. Les feuilles sont les parties de l’if qui en contiennent le plus. La teneur en taxine s’élève à mesure que la saison avance. Elle semble à son apogée sur le feuillage desséché. La taxine se trouve également dans les graines qui doivent être mâchées pour libérer le poison.